Introduction
Au cœur de la France, où les enfants grandissent avec le français comme langue maternelle, le vietnamien peut parfois devenir un lien fragile, susceptible de s’effacer s’il n’est pas préservé avec volonté et persévérance.
Pour moi, la langue vietnamienne n’est pas seulement un moyen de communication. Elle est mémoire, héritage et racines. Elle constitue ce fil invisible qui relie les générations au sein des familles et de la communauté vietnamienne vivant loin de sa terre natale.
C’est en tant que mère, confrontée à l’éloignement progressif de mes enfants vis-à-vis de leur langue maternelle, que j’ai entrepris ce parcours de préservation et de transmission du vietnamien, d’abord au sein de ma famille, puis à l’échelle de la communauté vietnamienne en France.
Cette démarche dépasse largement l’enseignement d’une langue : elle consiste à transmettre une identité culturelle, à éveiller la fierté des origines et à faire vivre la culture vietnamienne au cœur de l’Europe.
Les motivations d’un engagement
Dans un contexte d’intégration internationale toujours plus forte, la préservation de la langue vietnamienne et de l’identité culturelle nationale revêt une importance particulière pour les communautés vietnamiennes établies à l’étranger.
Mon engagement trouve son origine dans une préoccupation très personnelle. Lorsque mes enfants ont commencé leur scolarité en France, l’usage du vietnamien dans leur quotidien s’est progressivement réduit. Une question essentielle s’est alors imposée à moi : comment leur permettre non seulement de parler vietnamien, mais aussi de comprendre, d’aimer et d’être fiers de leur héritage culturel ?
J’ai rapidement compris que la transmission de la langue devait s’inscrire dans une démarche structurée, en créant un environnement éducatif et culturel adapté aux jeunes générations.
La construction d’un projet éducatif
En 2018, j’ai découvert la classe de vietnamien « Về Nguồn » (« Retour aux sources »), créée au sein de l’Union Générale des Vietnamiens de France (UGVF). Les enfants y apprenaient la langue vietnamienne tout en participant à des activités culturelles telles que la danse, les travaux manuels ou les arts martiaux traditionnels.
Après l’interruption provoquée par la pandémie de COVID-19, j’ai proposé à l’association de reprendre et de restructurer cette activité.
Dès l’année scolaire 2021-2022, les cours ont pu reprendre grâce à l’engagement d’une équipe d’enseignants bénévoles passionnés. Soutenue par la confiance des familles, l’école s’est progressivement développée, passant d’une quarantaine d’élèves à près de cinquante élèves, auxquels se sont ajoutés plusieurs parents souhaitant eux-mêmes apprendre le vietnamien.
En septembre 2025, cette évolution a conduit à la création officielle de l’École vietnamienne Măng Non UGVF, marquant une nouvelle étape vers un modèle plus structuré et durable.
Une mission éducative au service de la langue vietnamienne
Depuis 2022, j’assume les fonctions de coordinatrice générale de l’École Măng Non UGVF.
Cette responsabilité ne se limite pas à l’enseignement ou à l’organisation quotidienne des activités. Elle consiste également à construire une vision à long terme, à fédérer une équipe de bénévoles engagés et à maintenir un lien étroit avec les familles qui accompagnent, jour après jour, la progression de leurs enfants.
Au fil des années, notre école est devenue bien plus qu’un simple lieu d’apprentissage linguistique. Elle est devenue un véritable espace culturel où les enfants peuvent découvrir leurs racines, développer leur attachement à leur langue maternelle et s’approprier leur identité vietnamienne dans un cadre chaleureux et bienveillant.
Notre approche repose sur un principe simple : apprendre, jouer et vivre la culture en même temps.
La langue vietnamienne y est étroitement associée aux arts traditionnels, aux arts martiaux, à la musique et à la découverte des instruments emblématiques tels que le đàn tranh, le đàn bầu ou le đàn cò. Cette approche immersive permet aux enfants d’apprendre naturellement, avec plaisir et enthousiasme.
Engagement associatif et rayonnement culturel
Parallèlement à mes activités éducatives, j’ai eu l’opportunité de m’investir au sein de la communauté vietnamienne en France.
Membre du comité exécutif de l’UGVF pour le mandat 2022-2025, puis du bureau permanent pour le mandat 2025-2028, j’ai participé à l’organisation de nombreux événements culturels et communautaires.
Ces actions vont bien au-delà de la simple organisation logistique. Elles consistent à mobiliser des ressources, fédérer des partenaires et créer des espaces de rencontre où chacun peut retrouver un peu de son pays d’origine.
Au fil du temps, ces manifestations sont devenues des rendez-vous incontournables pour la communauté.
Le Nouvel An lunaire rassemble chaque année plusieurs milliers de personnes autour des traditions vietnamiennes. La Fête de la Mi-Automne fait revivre les souvenirs d’enfance à travers les lanternes et les activités destinées aux plus jeunes. Quant au Festival Ici Vietnam, il met en lumière la richesse de la culture vietnamienne à travers la musique, la gastronomie et le cinéma.
Grâce au soutien de l’Ambassade du Vietnam en France et du Centre culturel vietnamien en France, ces initiatives touchent aujourd’hui un public toujours plus large, vietnamien comme international.
Une ouverture vers l’international
L’École Măng Non UGVF ne se limite pas à la préservation du patrimoine culturel vietnamien. Elle constitue également une passerelle vers le dialogue interculturel.
En 2024, l’école a eu l’honneur de participer à l’événement « Danse en paix et partage », organisé par l’UNESCO, réunissant des représentants de nombreuses cultures du monde.
Elle a également été mise à l’honneur dans l’émission « Chung một cội nguồn » (« Une même origine ») de la chaîne Télévision de la Défense du Vietnam, diffusée le 26 avril 2025.
Ces occasions permettent aux enfants de présenter leur identité culturelle avec confiance tout en participant à la diversité culturelle internationale.
Faire rayonner la culture vietnamienne à travers la musique
La musique occupe également une place importante dans mon parcours.
Au sein de l’ensemble musical « Tiếng Tơ Đồng », j’ai la chance de jouer du đàn tranh lors de manifestations culturelles, dans des universités ou lors de festivals.
Chaque représentation est pour moi l’occasion de raconter le Vietnam autrement. Les sonorités délicates du đàn tranh deviennent alors un langage universel qui suscite la curiosité, favorise les échanges et rapproche les cultures.
À travers la musique, j’essaie modestement de contribuer à faire découvrir la richesse et la finesse du patrimoine culturel vietnamien à un public toujours plus large.
Le rôle essentiel de la famille
À mes yeux, la famille demeure le premier et le plus important lieu de transmission de la langue vietnamienne.
C’est dans les gestes les plus simples du quotidien, dans les histoires racontées avant de dormir, dans les chansons et les conversations familiales que la langue se transmet naturellement.
La famille est le terreau sur lequel grandissent non seulement les compétences linguistiques, mais également les souvenirs, les valeurs et le sentiment d’appartenance à une histoire commune.
Lorsque cette transmission s’effectue avec patience et amour, les enfants développent naturellement une fierté de leurs origines et une capacité à partager leur culture avec les autres.
Perspectives et engagement
Préserver et promouvoir la langue vietnamienne à l’étranger n’est pas un projet à court terme. C’est un engagement de longue haleine qui exige de la persévérance, de la passion et une profonde conviction.
Je souhaite poursuivre le développement de projets éducatifs associant apprentissage linguistique et immersion culturelle, afin que chaque enfant puisse découvrir ses racines de manière vivante et concrète.
J’ambitionne également de renforcer les échanges culturels afin que la culture vietnamienne soit davantage présente dans la société française et accessible à un public international toujours plus large.
Je suis convaincue que lorsque les enfants découvrent leur culture à travers l’expérience et l’émotion, l’attachement à leurs origines naît naturellement et durablement.
Conclusion
Préserver la langue vietnamienne loin de son pays d’origine est un défi quotidien, mais aussi une mission profondément porteuse de sens.
Je ne me considère pas seulement comme une enseignante ou une organisatrice. Je me vois avant tout comme une passeuse de mémoire, contribuant à transmettre aux jeunes générations l’amour de la langue vietnamienne et la fierté de leurs racines.
Si l’honneur m’était donné de devenir Ambassadrice de la langue vietnamienne, je poursuivrais cet engagement avec la même passion et la même détermination : pour que le vietnamien ne soit pas seulement parlé, mais véritablement vécu, partagé et transmis comme une composante essentielle de l’identité vietnamienne à travers le monde.
Tant que la langue vietnamienne vivra, la culture vietnamienne vivra.
Et tant que la culture vivra, les racines demeureront.